La situation des migrations en 2025 et au-delà : perspectives transatlantiques

20 août 2026

Résumé analytique

Le 7 novembre 2025, l'initiative « Model International Mobility Convention » d'Carnegie Councilet l'organisation de développement international Helvetas ont organisé un petit-déjeuner-débat régi par la règle de Chatham House au Consulat général de Suisse à New York. Cette rencontre a réuni des experts issus des domaines du développement, de la diplomatie, de la recherche et du secteur privé. L'objectif était d'examiner comment les systèmes de mobilité en Europe et aux États-Unis répondent aux pressions croissantes et d'identifier des domaines concrets de coopération.

La discussion a porté sur une tension persistante et croissante. Les cadres normatifs définissent la manière dont la mobilité devrait être régie et les droits qui devraient y être associés. Les réalités opérationnelles déterminent ce que les gouvernements, les employeurs, les villes et les organisations de terrain sont en mesure de mettre en œuvre compte tenu des contraintes politiques et des ressources disponibles. Ce fossé s’est creusé d’une région à l’autre. Les participants ont abordé ce défi avec franchise, en mettant l’accent sur ce qui est réalisable dès à présent.

Présentation du MIMC et d'Helvetas

La Convention-modèle sur la mobilité internationale (MIMC) a fourni un cadre d'orientation. Cette convention définit les droits et responsabilités cumulatifs pour toutes les catégories de personnes en situation de mobilité. Bien que l'adoption complète de ce traité ne soit pas prévue dans l'immédiat, la convention reste un point de référence utile pour assurer la cohérence et permettre des progrès progressifs. L'accent qu'elle met sur l'équité et la faisabilité aide à identifier les domaines où des améliorations peuvent être apportées, même lorsque la marge de manœuvre politique est limitée.

Helvetas a apporté son expertise issue de sa longue expérience en matière de migration de main-d’œuvre et de mobilité humaine, notamment en Asie du Sud ainsi qu’en Afrique de l’Ouest et du Nord. Ses programmes interviennent tout au long du cycle migratoire, qu’il s’agisse d’aider les migrants potentiels à prendre des décisions éclairées, à acquérir des compétences et à accéder à un recrutement équitable, ou encore de renforcer la protection, l’inclusion sociale et les opportunités pour les migrants, leurs familles et les communautés d’accueil. Ce travail aborde également de plus en plus les déplacements forcés et la mobilité liée au climat, en mettant l’accent sur des approches pratiques et systémiques qui rendent la mobilité humaine plus sûre et plus bénéfique pour toutes les personnes concernées.

La loi sur les migrations, le travail et les acteurs non étatiques

La préparation avant la migration a constitué l’un des thèmes centraux de la discussion. Disposer d’informations fiables sur les risques présents le long des couloirs migratoires permet de réduire la vulnérabilité et de renforcer l’autonomie des individus. Des formations techniques de courte durée augmentent le potentiel de revenus et créent des opportunités d’emploi plus sûres à l’étranger. Ces interventions montrent comment l’action de développement peut limiter les préjudices et favoriser la prise de décisions éclairées.

La mobilité transfrontalière de la main-d’œuvre a constitué un autre thème majeur. La session a mis en avant le potentiel des programmes de migration circulaire, qui permettent aux personnes de travailler à l’étranger puis de rentrer chez elles avec des compétences renforcées et une épargne constituée, ce qui constitue l’une des dispositions clés du MIMC. Ces programmes apportent un soutien aux migrants, aux employeurs et aux communautés d’origine. Les politiques de mobilité restrictives nuisent souvent à la compétitivité à long terme et limitent la capacité des entreprises à recruter et à fidéliser les travailleurs dont elles ont besoin. Les échanges ont également fait référence à des travaux récents décrivant l’émergence d’un secteur de la mobilité de qualité, une approche qui considère les parcours professionnels comme des dispositifs pouvant être délibérément conçus pour profiter à la fois aux travailleurs, aux employeurs et aux communautés d’origine.

L’influence croissante des acteurs non étatiques a également fait l’objet d’une attention particulière. Des dirigeants du secteur privé et des organisations technologiques ont décrit le rôle qu’ils jouent dans la création d’opportunités de formation et l’amélioration de l’accès à l’emploi pour les femmes déplacées et d’autres groupes vulnérables. Le groupe a souligné que la mobilité de la main-d’œuvre est de plus en plus considérée comme essentielle à l’innovation et à la stabilité de la main-d’œuvre. Ces acteurs identifient souvent les besoins en compétences plus rapidement que les gouvernements. Ils peuvent contribuer à mettre en place des institutions de mobilité plus adaptatives et inclusives. Leur participation constitue désormais un élément important de la gouvernance des migrations. Le groupe a également noté que la technologie et les systèmes d’information influencent de plus en plus les résultats en matière de mobilité. Les outils, tels que la plateforme en ligne « Visa Mobility Clearing House » du MIMC, destinés à soutenir les migrants, doivent refléter le comportement réel des utilisateurs. Ils doivent également tenir compte des risques éthiques et de la durabilité à long terme. Le groupe a par ailleurs mis en évidence le défi posé par la fragmentation des environnements d’information. Les lacunes en matière de ressources et de communication peuvent accroître la vulnérabilité et compliquer l’accès à des mécanismes de protection fiables.

Conclusions et prochaines étapes

Une vision structurelle plus large s’est dégagée au cours de la session. La migration ne peut être dissociée des structures qui façonnent la vie des citoyens, des travailleurs et des résidents. La précarité économique, l’inégalité d’accès aux opportunités, les pressions environnementales et les inégalités mondiales de longue date influencent les raisons pour lesquelles les personnes se déplacent. Ces mêmes forces affectent également ceux qui ne franchissent jamais de frontière. De plus, la discussion a souligné que la politique de mobilité doit partir des réalités vécues par les personnes. Beaucoup se déplaceront indépendamment des débats politiques, ce qui rend indispensable d’aller à la rencontre des individus là où ils se trouvent et de se concentrer sur des améliorations concrètes et centrées sur les personnes. Cela a également souligné que la mobilité implique à la fois le droit de se déplacer et le droit de rester. Beaucoup de personnes préféreraient rester dans leurs communautés si les conditions y étaient sûres. Cela soulève des questions de responsabilité et de justice. Cela met également en évidence les pressions climatiques qui nécessiteront des réponses coordonnées.

Cette perspective est largement répandue parmi les étudiants et les jeunes décideurs politiques. Ils ne considèrent pas la migration comme une question isolée, mais comme s’inscrivant dans un débat plus large sur l’équité, l’égalité des chances et la confiance dans les institutions. Ce prisme recadre la migration au sein d’une réflexion plus vaste sur la manière dont les communautés se construisent et se maintiennent. Il reflète également la crainte que des politiques restrictives en matière d’entrée et de circulation ne fragilisent le dynamisme économique et l’inclusion sociale. Des systèmes de mobilité équitables et prévisibles soutiennent non seulement les migrants, mais aussi la santé globale des institutions démocratiques et économiques.

Malgré les défis, l’événement a su préserver un sentiment réaliste de possibilités. Tous les secteurs se sont accordés à dire que des progrès significatifs restaient possibles grâce à une éthique pragmatique. Le renforcement des écosystèmes d’information le long des itinéraires de mobilité, l’amélioration des capacités d’accueil locales, la mise en place de partenariats avec le secteur privé pour élargir les opportunités, la protection de la continuité éducative des jeunes en déplacement, ainsi que le développement d’interventions axées sur les corridors qui prennent en compte l’ensemble du parcours de mobilité plutôt que ses seuls points d’arrivée ont tous été identifiés comme des domaines concrets de progrès. Il ne s’agit pas de réformes radicales, mais d’interventions visant à protéger la dignité et à réduire les préjudices, soit précisément le type d’améliorations que le cadre MIMC est destiné à mettre en lumière.

Réflexions finales

La rencontre s’est conclue par une mise en avant de l’intérêt de se réunir au-delà des secteurs, à un moment où les débats sur les migrations sont souvent polarisés. L’objectif n’était pas de parvenir à un consensus, mais d’exprimer en toute honnêteté les contraintes, d’explorer des options réalistes et de préserver une vision éthique à long terme. À cet égard, cette session reflétait la mission fondamentale de la Convention-modèle sur la mobilité internationale. Une gouvernance humaine et cohérente reste possible même lorsque les conditions politiques sont difficiles. Des rencontres comme celle-ci entretiennent cette possibilité et contribuent à tracer des voies responsables pour l’avenir.

Un grand merci à l’ambassadeur Niculin Jäger et au consulat général de Suisse à New York pour avoir accueilli cet événement, ainsi qu’à Jasmine Sarryeh-Jemersic pour son résumé très pertinent de la discussion. Cet événement a été parrainé par la « Model International Mobility Convention » et Helvetas. Nous remercions les représentants du Global Centre for Climate Mobility, du Migration Policy Institute, de Labor Mobility Partnerships, de Sistech, de Besage.ai, de l’ Carnegie Council e pour l’éthique dans les affaires internationales, de l’université Columbia, du Fonds suisse d’investissement pour les économies émergentes et d’Helvetas pour leur participation.

Carnegie Council for Ethics in International Affairs est un organisme indépendant et non partisan à but non lucratif. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de Carnegie Council.

Vous pouvez aussi aimer

17 JUILLET 2025 - Article

Helvetas USA signe un modèle de convention sur la mobilité internationale, soulignant les voies pratiques pour une migration fondée sur les droits

Christian Steiner, CEO d'Helvetas USA, a signé le MIMC, marquant ainsi une étape importante dans la réaffirmation de l'engagement de l'organisation en faveur d'une approche coopérative de la mobilité mondiale.

De gauche à droite : Molly O'Toole, Estuardo Cifuentes, Emily Shechtman, Kate Clark. Crédit : Bryan Goldberg Photography.

23 AVRIL 2025 - Vidéo

L'état des migrations en 2025 : Équilibrer les valeurs et les intérêts aux niveaux international et local

Cet événement a examiné l'état de la migration en 2025 aux niveaux international et local, avec des discussions menées par Michael Doyle, Senior Fellow, et la journaliste Molly O'Toole.

MAR 17, 2025 - Article

Une philosophie de l'immigration digne de notre meilleur esprit

L'Amérique a besoin d'une politique d'immigration qui puisse répondre à ses devoirs, refléter ses valeurs et servir ses intérêts. Comment créer ce cadre plus éthique ?